Cette année, un événement discrètement remarquable s’est produit en Cornouailles, au Royaume-Uni – ou, plus précisément, à près de cinq kilomètres sous la surface terrestre.

Une entreprise d’ingénierie pionnière a achevé le forage du puits terrestre le plus profond jamais réalisé dans le pays et a mis en service la toute première centrale géothermique du Royaume-Uni. En un instant, quelque 10 000 foyers britanniques ont commencé à recevoir une énergie propre issue d’une source renouvelable disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant d’éviter chaque année l’émission de plusieurs milliers de tonnes de CO2[1].

Le projet géothermique profond de United Downs (United Downs Deep Geothermal Power Project), développé par Geothermal Engineering Ltd (GEL), représente une prouesse technologique de 65 millions de dollars. Comme toutes les centrales géothermiques, il exploite la chaleur naturellement stockée sous la surface terrestre, produite par la désintégration radioactive naturelle à l’œuvre depuis la formation de notre planète. L’eau est acheminée dans un puits de forage, où elle circule à travers des fissures naturelles au sein de roches dont la température peut atteindre près de 200 °C. Une fois surchauffée, elle est remontée à la surface, puis utilisée pour entraîner des turbines produisant de l’électricité, laquelle est ensuite injectée dans le réseau de distribution.

Cette réalisation constitue la dernière avancée majeure d’un secteur géothermique en plein essor à l’échelle mondiale. Et en tant que source d’énergie bas carbone, elle arrive à un moment particulièrement opportun. En mars 2026, l’Organisation météorologique mondiale a indiqué que le système climatique terrestre était plus déséquilibré que jamais, accumulant beaucoup plus d’énergie thermique qu’il n’est capable d’en restituer[2]. Ce déséquilibre, causé par l’accumulation des gaz à effet de serre qui piègent la chaleur dans l’atmosphère, accélère la fonte des glaciers et l’élévation du niveau des mers, tandis que de nouveaux records de température sont attendus au cours de l’année.

 

Fort du succès du projet de United Downs, GEL prévoit maintenant de développer deux nouvelles centrales géothermiques. L’entreprise est loin d’être la seule à miser sur l’essor de la géothermie, un secteur qui suscite aujourd’hui un intérêt croissant à travers le monde.

La géothermie est-elle sur le point d’entrer dans une nouvelle dimension ?

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements dans les technologies géothermiques avancées connaissent une croissance rapide. En 2025, ils ont atteint 2,2 milliards de dollars à l’échelle mondiale, soit une progression annuelle moyenne de 80 % depuis 2018[3]. Ces investissements dans les « technologies de demain » du secteur viennent s’ajouter aux 5 milliards de dollars mobilisés en 2025 pour les projets géothermiques conventionnels de production d’électricité, ainsi qu’aux 11,5 milliards de dollars supplémentaires consacrés aux réseaux de chauffage urbain alimentés par la géothermie.

 

Selon l’AIE, cette forte dynamique d’investissement s’explique en partie par les besoins croissants des entreprises technologiques, qui ont besoin d’importantes quantités d’électricité fiable pour alimenter des centres de données énergivores.

Au-delà de leur capacité à fournir plusieurs mégawatts d’électricité, les centrales géothermiques présentent un avantage supplémentaire pour les entreprises technologiques : elles offrent la possibilité de réinjecter dans le sous-sol une partie de la chaleur excédentaire produite par les centres de données, plutôt que de la dissiper dans une atmosphère déjà soumise à des pressions croissantes.

Quel est le potentiel de l’énergie géothermique ?

À l’heure actuelle, les centrales géothermiques restent principalement concentrées dans un nombre limité de zones géographiques où les ressources sont accessibles à faible profondeur. En conséquence, la géothermie ne représente aujourd’hui qu’environ 1 % de la production mondiale d’électricité. Mais cette situation pourrait être sur le point d’évoluer[4].

Si les avancées technologiques se poursuivent au rythme actuel, l’AIE estime que la géothermie pourrait couvrir jusqu’à 15 % de la demande mondiale d’électricité d’ici le milieu du siècle. Cela représenterait près de 800 GW de capacité géothermique à l’échelle mondiale, soit l’équivalent de la consommation électrique actuelle des États-Unis et de l’Inde réunis[5].

À la suite de pays pionniers comme le Kenya (où la géothermie fournit 40 % du mix énergétique national actuel) ou l’Islande (où elle assure près de 30 % de la production d’électricité et 90 % du chauffage), d’autres pays accélèrent désormais leurs investissements dans cette filière[6].

Selon un rapport de la MIT Energy Initiative, la Turquie, la Nouvelle-Zélande et l’Indonésie font aujourd’hui de l’expansion de la géothermie une priorité dans le cadre de leurs stratégies énergétiques nationales. Cette dynamique est soutenue par l’afflux de capitaux privés et par l’évolution des politiques environnementales. Leur géologie favorable constitue également un atout majeur : ces trois pays disposent d’une importante activité volcanique et de vastes ressources souterraines, propices au développement de projets géothermiques. Même aux États-Unis, où l’administration actuelle affiche une position ambivalente à l’égard des enjeux environnementaux, des initiatives législatives soutenues par les deux principaux partis encouragent la recherche et le développement de technologies géothermiques avancées reposant sur l’exploitation de roches à très haute température.

À la fin de l’année 2025, la capacité géothermique installée dans le monde atteignait 17 173 MW, soit une augmentation de 223 MW par rapport aux douze mois précédents[7]. Les États-Unis demeuraient le premier producteur mondial d’électricité géothermique, avec une capacité de 3 953 MW, malgré l’absence de nouvelles mises en service majeures. Le reste du top cinq est constitué de plusieurs pays ayant considérablement accru leur capacité géothermique au cours de l’année 2025 :

  • Indonésie (2 742 MW) : grâce à la mise en service de nouvelles capacités issues du projet Ijen Unit 1, de Lumut Balai Unit 2 et d’une unité binaire à Salak, l’Indonésie est désormais le marché géothermique qui connaît la croissance la plus rapide au monde.
  • Philippines (2 034 MW) : les nouvelles capacités comprennent notamment la centrale géothermique binaire de Tanawon dans le complexe BacMan II.
  • Turquie (1 797 MW) : premier producteur européen d’énergie géothermique, le pays a mis en service trois nouvelles centrales géothermiques : Emir, Hez Morali et Nezihe Beren Unit 2.
  • Nouvelle-Zélande (1 259 MW) : une nouvelle centrale géothermique, baptisée TOPP 2, n’était pas encore officiellement raccordée au réseau à la fin de l’année 2025, mais les essais opérationnels avaient déjà commencé.

Ailleurs dans le monde, l’Islande a augmenté de 22 MW la capacité de sa centrale géothermique de Svartsengi au cours de l’année 2025. En Amérique centrale, le Salvador a ajouté une unité binaire de 8 MW sur son champ géothermique de Berlin. À plus long terme, les observateurs du secteur anticipent une accélération significative de la croissance à partir de 2027, à mesure que les projets géothermiques avancés entreront dans une phase de déploiement à grande échelle.

Quelque chose alimente manifestement l’essor récent du marché mondial de l’énergie géothermique. Sans surprise, la réponse réside dans les avancées technologiques.

Comment la technologie transforme-t-elle l’énergie géothermique ?

L’innovation est aujourd’hui le principal moteur de la nouvelle génération de centrales géothermiques.

Sur le plan géographique, l’industrie géothermique reste largement concentrée le long des frontières des plaques tectoniques. Toutefois, plusieurs technologies émergentes, dont certaines s’appuient sur les compétences de forage profond développées par l’industrie pétrolière et gazière, pourraient élargir le potentiel du secteur et rendre cette source d’énergie exploitable dans une grande partie du monde.

Les deux principales technologies géothermiques émergentes sont les systèmes géothermiques stimulés (Enhanced Geothermal Systems, EGS) et les systèmes géothermiques en circuit fermé (Closed-Loop Geothermal Systems, CLGS).

Comment fonctionnent les systèmes géothermiques stimulés ?

Les systèmes EGS ont pour ambition d’ouvrir à l’exploitation géothermique de vastes zones de la croûte terrestre, en augmentant la perméabilité de roches extrêmement chaudes et particulièrement dures. Pour y parvenir, il est nécessaire de forer des puits profonds, puis d’élargir artificiellement les fissures naturelles présentes dans la roche, voire d’en créer de nouvelles. Trois méthodes sont actuellement à l’étude :

  • La stimulation hydraulique : elle consiste à injecter des fluides à haute pression dans les formations rocheuses souterraines afin de créer de nouvelles fractures, facilitant la circulation des fluides et le transfert de chaleur.
  • La stimulation thermique : cette méthode vise à fragiliser la roche en y injectant des fluides froids, provoquant des chocs thermiques liés aux variations rapides de température.
  • La stimulation chimique : elle repose sur la circulation de composés chimiques, notamment des acides, à travers les couches rocheuses afin de dissoudre certains minéraux et de créer de nouveaux passages souterrains.

Quelle que soit la méthode utilisée, l’objectif reste le même : créer un réseau de fractures souterraines profondes permettant à l’eau de circuler, d’absorber la chaleur disponible, puis d’être remontée à la surface sous forme de vapeur. Plus de 30 projets EGS ont été expérimentés dans le monde, notamment en Europe, en Asie et en Australie[8]. Aux États-Unis, Project Red, développé par Fervo[9] dans l’État du Nevada, démontre par exemple l’efficacité des techniques de stimulation à étapes multiples pour accroître le volume des réservoirs géothermiques et optimiser les surfaces de transfert thermique. Ailleurs, plusieurs développeurs explorent le potentiel des puits horizontaux. Bien que leur réalisation soit plus complexe et plus coûteuse que celle des puits verticaux traditionnels, ils permettent de maximiser le contact avec les couches rocheuses chaudes.

De nouveaux projets EGS sont régulièrement mis en service. Aux États-Unis, le projet Cape Station de Fervo, dans l’Utah[10], doté d’une capacité de 400 MW et de puits atteignant 2,4 kilomètres de profondeur, devrait commencer à produire de l’électricité d’ici à la fin de l’année 2026. En Suisse, le projet Haute Sorne de Geo-Energie Suisse[11] devrait également franchir une nouvelle étape avec le forage d’un second puits en 2026, en vue d’une mise en exploitation commerciale à l’horizon 2029.

À plus long terme, les avancées technologiques dans les domaines du forage et de la stimulation des roches pourraient permettre d’accéder à des formations cristallines profondes jusqu’ici inaccessibles. Ces couches rocheuses imperméables, enfouies à grande profondeur, présentent l’avantage d’atteindre des températures exceptionnellement élevées, parfois supérieures à 375 °C, ce qui pourrait considérablement accroître les rendements énergétiques.

Les systèmes EGS pourraient également jouer un rôle important dans le stockage de l’énergie excédentaire produite à partir du solaire et de l’éolien. L’énergie excédentaire pourrait être stockée sous forme d’eau chaude ou de vapeur, puis mobilisée lorsque la production issue de sources renouvelables est insuffisante. Dans certains cas, l’efficacité du stockage géothermique pourrait même dépasser celle des batteries lithium-ion[12].

Que sont les systèmes géothermiques en circuit fermé ?

Les systèmes géothermiques en circuit fermé (CLGS) suscitent eux aussi un intérêt croissant. Ils reposent sur le forage d’une vaste boucle artificielle étanche à grande profondeur. Un fluide y circule en circuit fermé et se réchauffe par conduction au contact thermique des roches environnantes, sans jamais entrer en contact direct avec celles-ci. Ils ne nécessitent ni la stimulation des roches profondes ni la création de réservoirs, et leur production est plus constante que celle des systèmes EGS, dont le fonctionnement repose sur les réseaux naturels de fractures et de circulation présents dans le sous-sol.

Cette technologie présente toutefois une contrainte technique majeure. La conduction étant un mode de transfert de chaleur plus lent que le contact direct, les longueurs de forage doivent être nettement plus importantes, parfois plusieurs fois supérieures à celles requises pour des projets EGS comparables. Cela se traduit par des coûts plus élevés, ce qui explique sans doute pourquoi le déploiement des systèmes CLGS progresse plus lentement que celui des systèmes EGS.

Malgré cela, plusieurs projets de démonstration sont déjà en cours au Canada, en Europe et aux États-Unis. En Californie, par exemple, le projet GreenLoop de GreenFire Energy[13] produit un fluide à 180 °C permettant de générer 1,2 MW d’électricité. En Allemagne, un projet à venir entend démontrer la viabilité commerciale de cette technologie à l’échelle industrielle. Le projet Eavor-Loop, développé par Eavor à Gerestried, en Bavière[14], représente un investissement de 350 millions d’euros et devrait être achevé en 2027. Fonctionnant comme un immense radiateur, cette installation comprendra quatre échangeurs de chaleur souterrains et environ 320 kilomètres de puits verticaux et de conduites latérales interconnectées. Avec une capacité attendue de 64 MW thermiques (MWth) et 8,2 MW électriques (MWe), le site devrait fournir chauffage et électricité à toute la région, tout en évitant l’émission d’environ 44 000 tonnes de CO₂ par an.

Pour chacune de ces nouvelles technologies, la profondeur est un facteur déterminant. À environ 2 000 mètres sous la surface, seules certaines régions du monde offrent aujourd’hui des conditions économiques favorables au déploiement des systèmes EGS et CLGS. À 4 000 mètres de profondeur, en revanche, de vastes zones d’Afrique et d’Asie deviennent également exploitables[15]. Et à mesure que les capacités de forage progressent vers des profondeurs de l’ordre de 7 000 mètres, rares sont les régions du monde qui resteraient exclues de la carte de l’énergie géothermique.

Comment les innovations dans les technologies de forage transforment-elles la géothermie ?

Chaque mètre supplémentaire atteint en profondeur peut avoir un impact disproportionné sur la quantité d’énergie produite. Le développement de technologies de forage plus performantes constitue l’un des leviers essentiels à l’essor d’une industrie de l’énergie géothermique à grande échelle.

Parmi les innovations les plus prometteuses figure un système de forage par ondes millimétriques mis au point par le Plasma Science Fusion Center (PSFC) du MIT. Cette technologie utilise l’énergie micro-onde pour vaporiser la roche, une stratégie qui pourrait permettre d’atteindre des vitesses de forage plusieurs fois supérieures à celles des techniques de forage conventionnelles, notamment dans les environnements profonds soumis à des températures extrêmes[16].

Conscient de l’impact que de nouvelles avancées dans le domaine du forage pourraient avoir sur l’avenir de l’approvisionnement énergétique mondial, le PSFC développe actuellement une nouvelle installation capable de tester des échantillons de roche 500 fois plus volumineux que ceux utilisés aujourd’hui. L’augmentation de cette capacité de test permettra aux chercheurs d’étudier le comportement des roches à grande échelle, en analysant notamment des paramètres tels que la perméabilité, la porosité et la stabilité des puits de forage. Ce nouveau laboratoire servira également à évaluer plusieurs technologies émergentes, notamment des guides d’ondes durables (des tubes métalliques qui acheminent l’énergie produite par les gyrotrons afin de faire fondre les roches cristallines dures), ainsi que des systèmes de transmission radiofréquence de haute puissance et des aimants de nouvelle génération.

Parallèlement, les chercheurs développent de nouveaux capteurs capables de mesurer les microfissures dans les roches soumises à de fortes pressions. D’autres travaux portent sur la mise au point d’alliages avancés (moins coûteux que le titane) capables de résister à des fluides à très haute température, ainsi que sur des revêtements spécialisés destinés à protéger les conduites contre la corrosion provoquées par les fluides géothermiques.

Cette dynamique d’innovation technologique est indispensable pour permettre à la géothermie de réaliser pleinement son potentiel, face aux nombreux défis qui continuent de freiner le développement de la filière.

Une voie semée d’embûches : quels sont les défis de l’énergie géothermique ?

Qu’elle repose sur des systèmes conventionnels, des systèmes EGS ou des systèmes en circuit fermé, toute intervention exerçant une contrainte sur les formations géologiques profondes peut potentiellement induire une activité sismique et endommager les infrastructures environnantes. De tels événements sont susceptibles de susciter l’opposition des populations locales et de compromettre le développement de futurs projets géothermiques[17]. Des épisodes sismiques ont déjà conduit à la suspension de certains projets, comme récemment à Pohang, en Corée du Sud, à la suite d’un séisme de magnitude 5,4 survenu en 2017.

Les travaux de recherche se poursuivent afin de mieux comprendre et réduire ces risques. Une étude a notamment montré que l’injection de fluides dans des failles existantes à faible perméabilité peut générer davantage d’activité sismique que la création de nouveaux réseaux de fractures ; une distinction qui pourrait s’avérer déterminante dans le choix et la conception des futurs sites géothermiques. Par ailleurs, les technologies de surveillance microsismique permettent désormais de stimuler les zones de réservoirs souterrains selon des séquences planifiées afin de limiter l’accumulation de secousses.

La durée et le coût des opérations de forage constituent également des freins importants au déploiement de la géothermie à grande échelle. En raison de la complexité technique des travaux en profondeur, les projets géothermiques nécessitent davantage de temps pour atteindre la phase commerciale que les projets pétroliers et gaziers, et exigent des investissements initiaux plus élevés.

Que peut-on faire ? Les acteurs de l’industrie des combustibles fossiles cherchent aujourd’hui à réduire les coûts de forage, notamment en augmentant les vitesses de pénétration, en améliorant la durabilité des trépanes de forage ou encore en optimisant les chaînes d’approvisionnement afin de réduire les temps d’arrêt. Dans les systèmes exploitant des roches à très haute température, les équipements sont soumis à des conditions particulièrement hostiles, ce qui rend les défaillances mécaniques fréquentes. Pour protéger les installations contre ces températures extrêmes, les opérateurs expérimentent différentes solutions, notamment l’utilisation de trépanes en diamant polycristallin, l’injection de fluides de refroidissement pendant le forage ou encore le recours à des systèmes de refroidissement des boues de forage. Des essais sont également menés avec des jets d’eau à haute pression capables d’accélérer les opérations de forage en sculptant la roche selon des formes spécifiques, ensuite plus rapidement fragmentées par des marteaux hydrauliques.

La circulation continue de fluides et de vapeur dans les installations pose également des défis mécaniques, les composants acides provoquant une dégradation des surfaces. En réponse, des programmes de recherche visent à développer des équipements de fond de puits plus résistants à la chaleur. De nouveaux outils et dispositifs d’échantillonnage spécialement conçus pour résister à des températures élevées et à des conditions corrosives commencent ainsi à apparaître sur le marché, aux côtés de fibres optiques robustes permettant d’effectuer des mesures précises. Parallèlement, de nouveaux logiciels sont développés afin d’évaluer le potentiel des réservoirs géothermiques à partir de tests de débit et d’analyses transitoires de pression.

Le facteur temps est un autre défi majeur. Les projets géothermiques nécessitent souvent dix ans ou davantage pour obtenir l’ensemble des autorisations requises. Une perspective qui peut naturellement freiner l’appétit des investisseurs face à des horizons de rentabilité particulièrement longs. Aujourd’hui, les représentants du secteur plaident pour une simplification des procédures administratives, notamment par la rationalisation des démarches et la création de processus d’autorisation spécifiquement adaptés à la géothermie, distincts des cadres réglementaires appliqués aux activités minières. Des efforts législatifs supplémentaires semblent également nécessaires à l’échelle mondiale. À l’heure actuelle, seuls trente pays disposent de politiques portant sur l’énergie thermique, contre plus d’une centaine pour l’énergie solaire et l’énergie éolienne[18].

Lever ces obstacles technologiques et logistiques pourrait permettre à la géothermie de devenir un contributeur majeur du futur mix énergétique mondial.

La géothermie peut-elle rivaliser avec les grandes énergies renouvelables ?

L’harmonisation des réglementations entre les pays et une meilleure visibilité sur les perspectives de retour sur investissement contribueront à renforcer la confiance des investisseurs dont nous avons besoin pour accélérer le développement de la géothermie à grande échelle. À mesure que les économies d’échelle se développent et que la concurrence s’intensifie, les coûts de production de l’énergie géothermique devraient diminuer de manière significative, potentiellement jusqu’à 80 % au cours de la prochaine décennie. Une telle évolution rapprocherait son coût unitaire de celui d’autres sources d’énergie renouvelable telles que l’éolien et le solaire[19].

D’un point de vue purement quantitatif, le potentiel de la géothermie est considérable. Avec une capacité de production estimée à 4 000 pétawatts-heure (PWh) par an, cette ressource représenterait environ 150 fois la consommation mondiale actuelle d’électricité. L’exploitation même d’une fraction de ce potentiel pourrait fournir une énergie plus propre et moins coûteuse aux communautés du monde entier, tout en évitant l’émission de millions de tonnes de CO2. Selon les estimations de l’AIE, l’exploitation de la géothermie jusqu’à des profondeurs de huit kilomètres pourrait permettre de produire plus de 600 TW d’énergie sur une période de 20 ans, soit davantage que la production combinée de l’éolien terrestre et de l’éolien en mer[20].

Dans ce contexte, il est facile de comprendre pourquoi la géothermie est de plus en plus considérée comme une ressource au potentiel presque illimité. À mesure que les avancées technologiques se concrétisent à plus grande échelle et que les projets de grande envergure gagnent en visibilité, la confiance devrait naturellement se renforcer dans un secteur dont les délais de développement particulièrement longs ont longtemps freiné l’intérêt des investisseurs.

Si des défis importants subsistent, je reste convaincu que la géothermie pourrait devenir un véritable levier de transformation, en particulier pour les marchés émergents. En exploitant la chaleur naturelle de la Terre, elle pourrait contribuer à décarboner le mix énergétique mondial et à bâtir un avenir véritablement durable pour les générations futures.

Géothermie : cinq faits saillants

Q : Les investisseurs ont-ils confiance dans l’avenir de l’énergie géothermique ?

R : Oui. Les financements consacrés aux technologies géothermiques avancées ont atteint 2,2 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2025, soit une progression annuelle moyenne de 80 % depuis 2018.

Q : Quelle est aujourd’hui la contribution de la géothermie au mix énergétique mondial ?

R : À l’heure actuelle, l’énergie géothermique ne représente qu’environ 1 % de la production mondiale d’électricité, mais cette part pourrait atteindre 15 % d’ici à 2050.

Q : Quels pays font figure de référence dans le secteur de la géothermie ?

R : Le Kenya et l’Islande comptent parmi les pays les plus avancés dans l’exploitation de l’énergie géothermique. Au Kenya, la géothermie couvre plus de 40 % des besoins nationaux en électricité, tandis qu’en Islande, elle fournit environ 30 % de l’électricité et 90 % du chauffage.

Q : Comment l’accès aux roches à très haute température pourrait-il accélérer le développement de la géothermie ?

R : Les avancées récentes, notamment dans le domaine des systèmes EGS, pourraient permettre d’exploiter des zones souterraines dont la température dépasse 375 °C, lesquelles offriraient des rendements énergétiques nettement supérieurs à ceux des installations actuelles.

Q : L’énergie géothermique devrait-elle devenir plus compétitive au fil du temps ?

R : Oui. Grâce aux économies d’échelle et aux avancées technologiques, les coûts de production pourraient diminuer de 80 % au cours de la prochaine décennie, renforçant ainsi la compétitivité de la géothermie face à l’éolien et au solaire.

 

[1] https://www.bbc.co.uk/news/articles/cewzg77k721o

[2] https://www.bbc.co.uk/news/articles/c203rdxkezwo

[3] https://www.iea.org/commentaries/investment-in-next-generation-geothermal-is-surging-policies-are-key-to-further-growth

[4] https://www.iea.org/commentaries/investment-in-next-generation-geothermal-is-surging-policies-are-key-to-further-growth

[5] https://www.iea.org/news/technology-breakthroughs-are-unlocking-geothermal-energys-vast-potential-in-countries-across-the-globe

[6] https://energy.mit.edu/news/next-geothermal-energy-promise-progress-and-challenges/

[7] https://www.thinkgeoenergy.com/global-top-10-geothermal-power-countries-at-year-end-2025/

[8] https://iea.blob.core.windows.net/assets/cbe6ad3a-eb3e-463f-8b2a-5d1fa4ce39bf/TheFutureofGeothermal.pdf

[9] https://fervoenergy.com/fervo-energy-announces-technology-breakthrough-in-next-generation-geothermal/

[10] https://capestation.com/

[11] https://www.geo-energie-jura.ch/

[12] https://www.weforum.org/stories/2022/11/geothermal-renewable-energy-storage/

[13] https://www.greenfireenergy.com/projects/coso/

[14] https://eavor.de/en/projekt-geretsried/

[15] https://iea.blob.core.windows.net/assets/cbe6ad3a-eb3e-463f-8b2a-5d1fa4ce39bf/TheFutureofGeothermal.pdf

[16] https://energy.mit.edu/news/next-geothermal-energy-promise-progress-and-challenges/

[17] https://iea.blob.core.windows.net/assets/cbe6ad3a-eb3e-463f-8b2a-5d1fa4ce39bf/TheFutureofGeothermal.pdf

[18] https://www.iea.org/news/technology-breakthroughs-are-unlocking-geothermal-energys-vast-potential-in-countries-across-the-globe

[19] https://www.iea.org/news/technology-breakthroughs-are-unlocking-geothermal-energys-vast-potential-in-countries-across-the-globe

[20] https://iea.blob.core.windows.net/assets/cbe6ad3a-eb3e-463f-8b2a-5d1fa4ce39bf/TheFutureofGeothermal.pdf