La substance la plus abondante de l’univers est tellement insaisissable qu’aucun scientifique ne l’a jamais observée directement et qu’aucun des instruments les plus sophistiqués dont nous disposons n’a permis de la détecter. Cette matière fascinante – la matière noire – contribue à maintenir la cohésion des galaxies et façonne la toile cosmique. Malgré son rôle essentiel, son extrême discrétion l’a longtemps reléguée au rang d’hypothèse scientifique. Cette situation pourrait toutefois bientôt évoluer grâce à une technologie de pointe qui promet, pour la première fois, de lever le voile sur la plus mystérieuse des particules subatomiques.

Cette innovation scientifique révolutionnaire porte un nom : la détection quantique, une technologie offrant un niveau de puissance et de précision sans précédent. Cette percée[1] repose sur l’utilisation de capteurs optomécaniques, que l’on peut imaginer comme des membranes microscopiques conçues pour vibrer sous l’effet de forces très faibles. Les chercheurs espèrent ainsi détecter les interactions de la matière noire et, pour la première fois, mettre en évidence sa présence grâce à l’utilisation de la lumière quantique.

Ce faisant, la détection quantique permettra de résoudre l’une des énigmes les plus profondes de l’Univers. Mais ses applications ne se limitent pas aux frontières les plus avancées de la recherche fondamentale. En réalité, la détection quantique est appelée à améliorer de nombreux aspects de la vie quotidienne : les transports, la médecine, la sécurité, la recherche, le commerce et l’industrie. Aux côtés de l’IA, cet outil possède le potentiel d’exercer une influence majeure sur le développement des capacités humaines, notamment dans les domaines clés suivants :

  • Une détection plus sensible des phénomènes tectoniques et gravitationnels, permettant d’anticiper les catastrophes naturelles telles que les tsunamis, les séismes et les éruptions volcaniques.
  • Une meilleure compréhension des mécanismes à l’origine des changements climatiques.
  • Une cartographie extrêmement détaillée des environnements souterrains, notamment des mines, des tunnels de transport, des réseaux d’égout et des infrastructures de services publics.
  • Un pilotage plus sûr et plus efficace des véhicules autonomes, sur route, en mer et dans les airs, y compris dans des environnements à forte densité de trafic.
  • Des technologies de géolocalisation ultraprécises, dépassant largement les performances des systèmes de positionnement par satellite (GPS) actuels.
  • Des images médicales d’une précision inégalée, offrant aux médecins des outils plus performants pour diagnostiquer et traiter un large éventail de maladies.

Compte tenu de ce potentiel, les perspectives de croissance de la détection quantique apparaissent considérables. Le marché pourrait atteindre une valeur allant jusqu’à 1 milliard de dollars d’ici à 2030, avec un taux de croissance annuel composé estimé entre 10 % et 15 %. À mesure que ces technologies remplaceront progressivement les capteurs conventionnels, cette valeur pourrait atteindre jusqu’à 6 milliards de dollars à l’horizon 2040[2].

Qu’est-ce donc exactement que la détection quantique, et comment une technologie de l’infiniment petit peut-elle produire des effets aussi considérables dans le monde réel ?

Comment fonctionne la détection quantique ?

La détection quantique fait partie de la nouvelle génération de technologies quantiques en plein essor. Elle exploite les propriétés uniques de la physique quantique pour mesurer des variations extrêmement faibles dans notre environnement, qu’il s’agisse de champs magnétiques infimes, de fluctuations gravitationnelles, de subtiles variations temporelles ou encore de mouvements imperceptibles. En combinant ces phénomènes, les technologies quantiques transforment des systèmes quantiques extrêmement sensibles en instruments de mesure d’une précision exceptionnelle.

Au cœur de tout capteur quantique se trouve un système quantique contrôlable, qu’il s’agisse d’atomes individuels, d’ions ou de photons, dont le comportement obéit aux lois de la physique. Ces particules peuvent exister dans des états énergétiques précisément définis ou dans des superpositions, c’est-à-dire dans plusieurs états simultanément. Pour obtenir une mesure exploitable, les ingénieurs commencent par préparer le système dans un état quantique connu. Celui-ci est ensuite exposé à la grandeur physique que l’on souhaite mesurer – un champ magnétique, par exemple, ou un gradient gravitationnel – avant que les chercheurs n’analysent la manière dont cet état quantique a évolué.

Les technologies quantiques surpassent les solutions de mesure traditionnelles en raison de leur sensibilité exceptionnelle à leur environnement. Même les perturbations les plus infimes laissent une empreinte mesurable.

Plusieurs concepts de la physique quantique contribuent à renforcer cette sensibilité. L’un d’eux est la « cohérence quantique », qui permet à une particule de maintenir une relation stable entre plusieurs états suffisamment longtemps pour accumuler des informations sur son environnement. Un autre concept est celui de l’« intrication quantique », phénomène par lequel plusieurs particules partagent des états corrélés de telle sorte qu’une mesure effectuée sur l’une d’entre elles fournit également des informations sur les autres. Appliqués à la détection, ces effets permettent de réduire le bruit de mesure et d’augmenter le signal, offrant ainsi des niveaux de précision bien supérieurs à ceux des instruments classiques.

Où en est le développement de la détection quantique aujourd’hui ?

Certaines formes de détection quantique font déjà partie de notre quotidien. C’est notamment le cas des horloges atomiques, qui constituent la pierre angulaire des systèmes GPS et exploitent l’extrême stabilité des niveaux d’énergie quantiques des atomes. D’autres technologies de détection quantique se trouvent à différents stades de maturité. Les dispositifs les plus récents utilisent notamment des atomes ultra froids, des circuits supraconducteurs ou encore des défauts dans le diamant appelés centres azote-lacune, capables de détecter des signaux encore plus faibles. Ces capteurs ouvrent progressivement la voie à des applications qui relevaient, jusqu’à récemment, de la science-fiction : des systèmes de navigation capables de fonctionner sans satellites, des technologies d’imagerie médicale ultrasensible ou encore des instruments capables de cartographier des structures souterraines simplement en mesurant d’infimes variations de la gravité terrestre.

Des centres de recherche spécialisés voient aujourd’hui le jour pour explorer ces différentes pistes, à l’image de l’Advanced Quantum Technologies Group du Lincoln Laboratory du MIT. Les ingénieurs de ce laboratoire repoussent les frontières des technologies quantiques en développant une gamme d’équipements au potentiel remarquable : plateformes expérimentales de calcul fondées sur les ions, horloges de précision, magnétomètres et systèmes de microscopie quantique destinés au diagnostic des composants microélectroniques.

L’Advanced Quantum Technologies Group a déjà mis au point de nouvelles méthodes de mesure reposant sur des détecteurs nanométriques ultrasensibles, capables de détecter une gamme de fréquences bien plus étendue que les technologies existantes. En mars 2026, le Groupe a annoncé avoir réussi à piéger des ions à l’aide de systèmes cryoélectroniques sous vide, une avancée permettant de réduire le bruit thermique et d’améliorer la sensibilité des mesures. Cette étape constitue un jalon important dans le développement de systèmes informatiques quantiques déployables à plus grande échelle.

Les progrès réalisés dans le domaine de la détection quantique devraient contribuer à améliorer les performances dans de nombreux secteurs : l’aéronautique, la climatologie, la santé, la cybersécurité, la géologie, l’ingénierie, l’assurance, l’extraction minière, la gestion environnementale, le transport maritime, l’exploration spatiale ou encore l’harmonisation des réseaux électriques.

Pour la plupart d’entre nous, il reste toutefois difficile de mesurer pleinement les implications concrètes, le potentiel et les limites de la détection quantique. Afin de mieux la comprendre, il peut être utile d’examiner plus en détail certains de ces domaines d’application, tels que la détection des catastrophes naturelles et l’exploration du sous-sol.

Une nouvelle façon de protéger notre avenir ?

Le tsunami qui a frappé l’océan Indien en décembre 2004 a tué près d’un quart de million de personnes et laissé derrière lui d’innombrables blessés, de déplacés et de personnes privées de moyens de subsistance. Mais que se serait-il passé si des systèmes avaient permis de détecter à l’avance le séisme à l’origine de cette catastrophe, offrant ainsi aux populations le temps nécessaire pour rejoindre des zones sûres en altitude ?

À l’avenir, la prévision plus précise des catastrophes naturelles pourrait devenir une réalité. Si tel est le cas, la détection quantique pourrait jouer un rôle déterminant dans cette évolution.

Le Royaume-Uni a récemment investi près d’un million de dollars, dans le cadre de son International Science Partnerships Fund, en partenariat avec la Nouvelle-Zélande, afin de développer des technologies quantiques au sein du National Physical Laboratory (NPL) de Londres[3]. Les travaux portent sur le déploiement de l’interférométrie optique quantique dans les câbles de télécommunications à fibre optique déjà installés sur les fonds marins. L’objectif est d’identifier les signes précurseurs de séismes ainsi que les courants océaniques anormaux.

Ailleurs au Royaume-Uni, les chercheurs du Quantum Technology Hub for Sensors and Timing de l’Université de Birmingham développent des capteurs capables de détecter de subtiles variations du champ gravitationnel provoquées par les brusques déplacements de masse associés aux tremblements de terre. Ces capteurs de nouvelle génération particulièrement sophistiqués reposent sur les propriétés quantiques des atomes froids – des atomes refroidis à des températures proches du zéro absolu à l’aide de lasers et de champs magnétiques. Dans ces conditions, les atomes cessent leur mouvement habituel et commencent à se comporter comme des ondes[4].

Les variations révélatrices du champ gravitationnel local pourraient également permettre de mieux anticiper les éruptions volcaniques, qui continuent de faire des victimes en raison des limites des capteurs sismiques traditionnels. En juin 2018, l’éruption du Volcán de Fuego, au Guatemala, a généré des coulées pyroclastiques qui ont englouti plusieurs villages, faisant plus de 150 victimes et des centaines de disparus. L’année suivante, une explosion phréatique inattendue, provoquée par la vapeur, sur l’île de Whakaari, en Nouvelle-Zélande, a fait 22 morts et 25 blessés. Deux ans plus tard, l’éruption du mont Semeru, en Indonésie, accompagnée d’importantes retombées de cendres et de coulées de boue volcanique, a fait au moins 50 victimes.

L’île de Tenerife, dans l’archipel des Canaries, sert aujourd’hui de site d’expérimentation pour une nouvelle technologie de détection quantique qui pourrait, à l’avenir, permettre de déclencher des alertes précoces face à ce type d’événements dévastateurs[5]. Tenerife abrite le mont Teide, le plus haut volcan d’Europe, qui a montré des signes croissants d’instabilité au cours de la dernière décennie. L’île accueille désormais trois gravimètres quantiques absolus (Absolute Quantum Gravimeters, AQG) développés par l’entreprise technologique française Exail. Ces AQG fonctionnent en refroidissant et en piégeant, à l’aide de lasers, un nuage d’atomes de rubidium. Ceux-ci sont ensuite soumis à une séquence d’interférométrie par ondes de matière permettant de mesurer leur accélération lorsqu’ils tombent sous l’effet de la gravité. Cette analyse permet de détecter des variations du champ gravitationnel local provoquées par les déplacements de magma et de gaz dans le sous-sol. Exail exploite aujourd’hui plus de 25 AQG à travers l’Europe, les États-Unis, le Japon, la Chine et le Groenland[6].

La détection quantique ne se limite toutefois pas à l’identification de catastrophes imminentes. À l’avenir, elle pourrait également devenir un outil essentiel pour diagnostiquer les effets à long terme d’une menace encore plus fondamentale : les changements climatiques.

Les accéléromètres quantiques spatiaux, tels que ceux développés dans le cadre du nouveau projet CARIOQA-PMP de l’Union européenne (UE), doté d’un budget de 17 millions d’euros[7], devraient permettre aux capteurs embarqués en orbite de produire une cartographie gravitationnelle de la Terre de haute résolution et de fournir aux scientifiques des données environnementales d’une précision inédite[8].

Une fois déployés lors de futures missions spatiales, ces capteurs quantiques seront capables de suivre avec précision les évolutions de l’atmosphère terrestre ainsi que les transformations des écosystèmes, notamment la fonte des glaciers et l’élévation du niveau des mers. En améliorant l’anticipation des évolutions climatiques, ils pourraient contribuer à orienter les stratégies visant à atténuer les effets du réchauffement climatique. Ce projet, mené en partenariat entre la Commission européenne et l’initiative Quantum Flagship, vise à surmonter les limites qui entravent depuis longtemps la détection gravitationnelle depuis l’espace. Les gravimètres conventionnels peinent en effet à mesurer les faibles signaux gravitationnels émis par la Terre lorsqu’il s’agit de détecter de subtiles variations entre différentes régions du globe. La nouvelle génération d’accéléromètres quantiques permettra d’intégrer des paramètres tels que la trajectoire et la vitesse du satellite dans les calculs, améliorant ainsi la qualité du signal obtenu. L’équipe du projet espère ainsi « transformer les sciences de la Terre fondées sur l’observation satellitaire » et vise un premier lancement orbital au plus tard à l’horizon 2030[9].

Les capteurs quantiques peuvent-ils enrichir notre société ?

Le monde souterrain demeure, par nature, largement inaccessible à l’observation humaine directe. La célèbre formule d’Arthur C. Clarke selon laquelle « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie »[10] semble particulièrement adaptée aux promesses de la détection quantique, car cette technologie offre ce qui peut sembler relever de la magie : la capacité à « voir » sous la surface de la Terre.

La détection quantique permettra aux ingénieurs de détecter des cavités souterraines, dépassant les limites des radars de pénétration du sol traditionnels et réduisant le recours à des forages invasifs coûteux et risqués. Grâce aux gravimètres quantiques, il sera possible d’obtenir des cartographies du sous-sol beaucoup plus détaillées et à une résolution spatiale élevée.

Parmi ses nombreuses applications, la détection quantique souterraine permettra aux géomètres de surveiller les infrastructures vieillissantes et de renforcer leur sécurité. Les tunnels de transport et les réseaux souterrains de services publics, par exemple, peuvent développer au fil du temps des fissures ou des zones de contraintes internes. Aujourd’hui, les dégradations qu’elles entraînent sont difficiles et coûteuses à détecter, ce qui peut parfois conduire à des défaillances catastrophiques. En novembre 2023, un tunnel routier à deux voies dans le nord de l’Inde a ainsi subi un effondrement partiel, piégeant 41 travailleurs sous terre avant qu’ils ne soient finalement secourus. L’incident a été attribué à la présence inattendue de formations rocheuses fragiles composées de métasiltites et de phyllites[11]. En juillet 2025, une section du Clearwager Tunnel, un tunnel d’assainissement situé à Wilmington, dans la région de Los Angeles, s’est effondrée au cours de travaux de modernisation, nécessitant le sauvetage de 31 travailleurs. L’accident serait lié à des pressions géostatiques imprévues ayant provoqué une déformation de la structure vers l’intérieur[12]. Les gravimètres quantiques pourraient également détecter des cavités souterraines sous de futures routes ou bâtiments, ce qui permettrait aux planificateurs d’identifier les risques d’effondrement liés aux dolines naturelles et de vérifier la stabilité du sous-sol avant la validation des projets d’infrastructure.

Différents types de capteurs quantiques pourraient également faciliter la recherche de ressources précieuses enfouies dans le sous-sol, qu’il s’agisse de minerais, d’hydrocarbures ou même de ressources en eau. Les technologies de détection fondées sur les atomes neutres, telles que les magnétomètres et les gradiomètres à vapeur atomique, sont capables de mesurer des champs magnétiques vectoriels extrêmement faibles ainsi que de subtiles variations gravitationnelles, améliorant ainsi la précision des cartes du sous-sol. Ces outils permettent une cartographie 3D détaillée des structures géologiques, ce qui favorise des opérations de forage plus ciblées, une réduction des coûts d’exploration et une diminution de l’empreinte environnementale des activités extractives. Les magnétomètres quantiques à base de diamant sont capables de détecter la présence de minerais précieux tels que le lithium, le cuivre, le cobalt, le platine, le nickel ou encore certaines terres rares, autant de ressources essentielles à la transition vers une énergie verte. En 2025, des gravimètres quantiques déployés dans la mine de nickel de Raglan, exploitée par Glencore dans le nord du Québec, au Canada, ont permis de produire une cartographie 3D des gisements miniers dont la précision a été jugée neuf fois supérieure à celle des cartes fondées sur les méthodes magnétiques traditionnelles[13].

Une autre application repose sur les dispositifs supraconducteurs d’interférence quantique (Superconducting Quantum Interference Devices, SQUID), qui sont déjà intégrés à des outils portables d’exploration développés par l’agence scientifique nationale australienne, la CSIRO. Les SQUID utilisent des capteurs quantiques capables de détecter des champs magnétiques cent millions de fois plus faibles que celui de la Terre. En Australie, leur utilisation aurait déjà permis la découverte de gisements d’une valeur de 4 milliards de dollars[14].

Compte tenu de ses bénéfices potentiels en matière de sécurité publique et de développement économique, l’intérêt suscité par la détection quantique apparaît de plus en plus évident. Dès lors, une question se pose : quels pays et quels acteurs sont aujourd’hui à la pointe de cette révolution quantique, et quelles conditions restent nécessaires pour soutenir le développement de ce secteur en plein essor ?

L’élan en faveur des technologies quantiques est-il en train de s’accélérer ?

Les investissements et les opérations d’acquisition observés ces dernières années témoignent de la maturation du marché des technologies avancées de détection quantique. Ce développement attire désormais des acteurs aux profils variés, allant des grands groupes technologiques aux entreprises de défense, en passant par des start-up spécialisées. Parmi les grandes entreprises qui misent fortement sur les capteurs quantiques figurent notamment SandboxAQ (une division de la société mère de Google, Alphabet), Honeywell, Lockheed Martin et IonQ.

Aux côtés de ces grands noms, de nombreuses start-up contribuent également à transformer le secteur par leurs innovations. Aux États-Unis, la société californienne AOSense développe des interféromètres atomiques destinés à la navigation et à la gravimétrie, avec des applications dans les études géophysiques. Infleqtion, basée dans le Colorado, développe actuellement une technologie à atomes froids pour des magnétomètres et des gyroscopes, dont certains prototypes sont déjà testés par des agences gouvernementales. En Asie, l’entreprise singapourienne Atomionics met au point des gravimètres quantiques portables reposant sur l’interférométrie atomique pour la détection de ressources souterraines. En Australie, Q-CTRL développe un logiciel visant à améliorer la stabilité des capteurs quantiques, notamment dans les applications de navigation. Au Royaume-Uni, Aquark Technologies travaille sur une technologie d’atomes refroidis par laser destinée à la conception de capteurs quantiques compacts, en particulier pour le secteur de la défense.

Le secteur public joue lui aussi un rôle moteur. Aux États-Unis, le Quantum Leadership Act de 2025 prévoit un financement de 2,5 milliards de dollars en faveur des technologies quantiques d’ici à la fin de la décennie[15]. De son côté, le National Quantum Technologies Programme[16] du Royaume-Uni soutient les travaux de recherche portant sur les gravimètres destinés à la surveillance des infrastructures ainsi que sur des magnétomètres portables à usage médical. La Chine, quant à elle, héberge un réseau de laboratoires nationaux engagés dans des programmes de détection quantique, couvrant à la fois la recherche fondamentale et certaines applications militaires.

Ces investissements sont essentiels au regard des défis auxquels le secteur reste confronté. Comme toute nouvelle technologie, les capteurs quantiques sont coûteux à développer. Les lasers et les composants optiques de très haute précision restent onéreux, tandis que l’industrie n’a pas encore atteint une taille suffisante pour que les économies d’échelle puissent faire baisser de manière significative les coûts des matériaux et de fabrication.

Par ailleurs, les technologies qui sous-tendent la détection quantique restent sensibles aux perturbations extérieures provoquées par les interférences électromagnétiques, les vibrations mécaniques ou encore les variations de température. Des avancées prometteuses se profilent néanmoins à l’horizon grâce à l’intelligence artificielle. Des programmes de correction d’erreurs alimentés par l’IA devraient permettre de réduire l’impact des perturbations environnementales et d’améliorer la cohérence quantique.

L’adoption généralisée des capteurs quantiques passera également par la miniaturisation des équipements. De nombreux systèmes reposent encore sur des chambres à vide volumineuses et d’importants dispositifs de blindage magnétique. Des progrès sont déjà réalisés dans ce domaine, certains magnétomètres ayant désormais des dimensions comparables à celles d’une boîte à outils portable. Si cette tendance à la miniaturisation s’étend à d’autres types de capteurs, la détection quantique pourrait franchir une nouvelle étape vers une adoption à grande échelle.

En outre, les capteurs quantiques devront pouvoir se connecter aux systèmes et matériels existants, ce qui nécessitera d’importants efforts en matière d’ingénierie logicielle et de normalisation. L’établissement de normes de référence communes ainsi que de cadres réglementaires harmonisés sera également indispensable pour favoriser l’adoption de ces technologies à grande échelle, au-delà des frontières nationales et des différents secteurs industriels.

Si ces obstacles peuvent être surmontés, je suis convaincu que la détection quantique transformera en profondeur de nombreuses industries et contribuera à rendre nos sociétés plus sûres. Elle pourrait renforcer la protection de nos infrastructures essentielles, faciliter la localisation de ressources vitales, accompagner le déploiement d’une nouvelle génération de véhicules autonomes et améliorer le suivi des effets à long terme des changements climatiques sur nos écosystèmes.

À l’instar d’une autre technologie de rupture, l’IA, la détection quantique suscite une forme particulière d’enthousiasme : celle que l’on éprouve lorsque l’on a le sentiment que l’avenir est déjà là. Cette technologie opère à l’échelle de l’infiniment petit, mais ses répercussions pourraient être considérables à tous les niveaux. Pour ma part, je suis impatient de découvrir les opportunités encore insoupçonnées qu’elle pourrait offrir à l’humanité à mesure que nous poursuivons notre exploration de ce fascinant univers quantique.

Détection quantique : cinq faits saillants

Q : La détection quantique est-elle déjà utilisée dans des applications du quotidien ?

R : Oui. Les horloges atomiques, qui assurent la mesure du temps indispensable au fonctionnement des systèmes GPS, en sont un exemple concret.

Q : La détection quantique pourrait-elle contribuer à sauver des vies ?

R : Oui. Des gravimètres quantiques absolus (Absolute Quantum Gravimeters, AQG) sont actuellement déployés sur le mont Teide, à Tenerife, le plus haut volcan d’Europe, afin de surveiller les signes d’activité sismique et de déclencher des alertes plus précoces en cas de risque d’éruption.

Q : Comment la détection quantique pourrait-elle nous aider à lutter contre le changement climatique ?

R : Le nouveau projet européen CARIOQA-PMP, doté d’un budget de 17 millions d’euros, vise à équiper de futures missions spatiales de capteurs quantiques capables de produire une cartographie gravitationnelle de la Terre à haute résolution et de suivre avec précision les évolutions de l’atmosphère et des écosystèmes de la planète.

Q : La détection quantique pourrait-elle nous aider à localiser des terres rares dans le sous-sol ?

R : Oui. Les dispositifs supraconducteurs d’interférence quantique (Superconducting Quantum Interference Devices, SQUID) utilisent des capteurs quantiques capables de détecter des champs magnétiques cent millions de fois plus faibles que celui de la Terre. En Australie, ils auraient déjà permis la découverte de gisements miniers d’une valeur supérieure à 4 milliards de dollars.

Q : La détection quantique a-t-elle un potentiel économique important ?

R : Le secteur pourrait atteindre une valeur d’un milliard de dollars d’ici à 2030 et jusqu’à 6 milliards de dollars à l’horizon 2040.

 

[1] https://phys.org/news/2026-02-quantum-sensor-advances-pursuit-dark.html

[2] https://www.mckinsey.com/capabilities/tech-and-ai/our-insights/tech-forward/quantum-sensing-poised-to-realize-immense-potential-in-many-sectors

[3] https://www.innovationnewsnetwork.com/uk-research-advances-tsunami-warning-systems-and-quantum-tech/46720/

[4] https://www.birmingham.ac.uk/news/2023/how-can-quantum-technology-improve-earthquake-detection

[5] https://spie.org/news/photonics-focus/marchapril-2026/detecting-volcano-eruptions

[6] https://spie.org/news/photonics-focus/marchapril-2026/detecting-volcano-eruptions

[7] https://carioqa-quantumpathfinder.eu/

[8] https://thequantuminsider.com/2024/09/26/european-scientists-quantum-space-sensor-could-help-monitor-climate/

[9] https://thequantuminsider.com/2024/09/26/european-scientists-quantum-space-sensor-could-help-monitor-climate/

[10] This is known as Clarke’s Third Law, published in his 1962 essay “Hazards of Prophecy” and Profiles of the Future, implying that highly sophisticated technology seems miraculous to those who do not understand it.

[11] https://www.theisrm.org/failure-of-foresight/

[12] https://www.geoengineer.org/news/the-los-angeles-clearwater-collapse-insights-on-the-causes-and-technical-response

[13] https://www.kearney.com/service/digital-analytics/article/quantum-sensing-unprecedented-precision

[14] https://www.csiro.au/en/news/All/Articles/2023/May/Quantum-computing-and-mining

[15] https://thequantuminsider.com/2025/02/14/senators-introduce-2-5-billion-bill-to-expand-u-s-quantum-research/

[16] https://uknqt.ukri.org/